Jean Portante est né en 1950 à Differdange, ville minière du Grand-Duché de Luxembourg, de parents italiens à peine arrivés au pays. Son enfance, qu'il met en fiction dans son roman Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine, a été marquée par cette double appartenance, ou plutôt par une double non appartenance, puisque comme chaque voyageur, il s'est senti très tôt comme un citoyen de terre de personne. À l'instar de la baleine, ce mammifère ayant décidé d'émigrer dans l'eau des océans, il sait qu'il n'appartient ni à la terre quittée ni à celle rejointe.
Toute son œuvre, riche d'une quarantaine de titres, en est imprégnée. Une œuvre écrite en français. Car la langue participe du déracinement. Or, le français est, pour Jean Portante, une langue à l'extérieur de son binôme Italie-Luxembourg, une langue apprise, apprivoisée, mais qui sans cesse reste à conquérir.
Jean Portante, dit à son sujet que c'est une «étrange langue» (c'est le titre d'un de ses recueils, couronné en France par le Prix Mallarmé), dans la mesure où elle reflète la petite Babel de la maison familiale de son enfance où l'on parlait à la fois italien et luxembourgeois, mais aussi le français. Dans l'entrelacs linguistique du Luxembourg, où les enfants sont alphabétisés en allemand, cela ne peut déboucher, dans l'écriture, que sur cette «étrange langue», ou «langue baleine»: c'est-à-dire une langue qui a l'aspect du français (comme la baleine ressemble à un poisson), mais à l'intérieur de laquelle respirent (comme le poumon de la baleine) la langue italienne et les autres idiomes du territoire.
L'écriture de Jean Portante devient ainsi un incessant voyage d'une langue à l'autre, ce qui permet, dans sa poésie surtout, de «néologiser», donc d'«étrangéiser» la langue française. Jean Portante parle aussi d'«effaçonner» (autre titre d'un de ses recueils). Il s'agirait alors, tout en façonnant l'écriture, de l'effacer, afin que surgisse la véritable langue.
L'œuvre poétique de Jean Portante est un lent «effaçonnement», alors que dans ses romans il mêle histoire, autobiographie et fiction, pour démêler les pièges de la mémoire, de l’identité, de l’enracinement, des migrations, thèmes centraux de ses livres.